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Il est 13h27 et il s’appelle Lenny

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À la maternité, j’ai beaucoup pleuré. Lorsqu’on m’a demandé si je voulais être aidé par un psychologue, j’ai refusé… Non pas par honte ou par fierté, mais simplement parce que ma thérapie à moi, je l’ai déjà ! À travers mon écran, c’est à vous que je dois beaucoup en plus de ma famille ! Vous avez été pour moi d’un soutien sans faille durant cette longue semaine d’angoisse à l’hôpital… Mes nuits blanches, seule dans ma chambre en attendant seulement de retrouver mon bébé, je les ai passées à vos côtés : en lisant vos messages de soutien, vos retours d’expérience, et en prenant le temps de vous répondre, toujours !

Alors voilà, lorsqu’on m’a proposé de l’aide, j’ai refusé en pensant à vous et à cet article que je rédige par ici aujourd’hui. Parce qu’écrire et partager auprès de vous, ça fait du bien et ça m’aide à soigner mes plaies.

Attention, je ne veux en aucun cas faire peur à qui que ce soit en partageant notre histoire, je souhaite simplement faire savoir qu’un accouchement ne se passe pas toujours comme on l’a imaginé pendant neuf mois de grossesse. Que cet acte en lui-même n’est pas toujours idyllique comme on peut le voir chez les autres. Puis aujourd’hui, et merci la vie, nous allons mieux : notre petit garçon s’en est sorti alors je veux aussi donner de l’espoir et du courage à celles et ceux qui vivront peut-être le même scénario que nous. Parce que oui, moi, j’aurais aimé être davantage préparé à vivre une telle épreuve… Je suis pourtant de nature à stresser pour un rien et j’ai souvent tendance à penser au pire mais cette fois-ci, après une grossesse idyllique, j’étais complément surexcitée à l’idée de rencontrer mon deuxième bébé sans même penser aux quelconques complications possibles…

Il faut le savoir : on ne peut rien prévoir, rien savoir. On rentre dans une salle de naissance les yeux fermés. Nous n’avons qu’une chose à faire : respirer profondément et donner notre entière confiance au corps médical. Le reste est de toute façon sûrement déjà écrit…

Le récit de notre petit Lenny, le voici.

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Nous sommes le mardi 17 décembre. Il est seulement 3h15 du matin quand je suis tout à coup réveillée par des douleurs inhabituelles : le genre de douleurs que j’ai déjà connu deux ans et demi auparavant avant de mettre au monde ma merveilleuse petite Joy. Et oui, quand il s’agit de la seconde fois, on a pas de doute et croyez-moi, on reconnaît rapidement les signes qui annoncent le vrai travail de l’accouchement imminent… Alors, je reconnais mais je sais que j’ai le temps… Le mardi, Joy va à la crèche : timing parfait ! Et mon amoureux est en vacances depuis la veille : double timing parfait ! Je n’ai plus qu’à respirer profondément et faire le petit chien essoufflé jusqu’au petit matin ! Bon j’avoue, c’est long ! Et quelque peu douloureux…

8h00 : Joy est à la crèche et je l’ai dévoré de bisous avant de la laisser partir. À ce moment là, je ne savais pas encore que la séparation serait aussi longue et difficile mais je pleure quand même… Je n’ai jamais passé une seule nuit sans elle alors elle me manquera quoi qu’il advienne ! Mon amoureux revient avec des croissants et me demande comment ça va. Ça va, mais j’ai envie de pousser. Quoi ? Déjà ? Cette sensation là, je l’avais sentie beaucoup plus tard dans le travail la première fois ! J’essaye de faire distraction. Je pense à tout et n’importe quoi. J’appelle ma sœur. La seule que j’ai envie de mettre au courant dans ce moment là. Et puis, je me dis que la maison de poupée en bois que l’on offrira à Joy pour Noël n’est pas montée ni emballée : priorité absolue n’est-ce pas ? Luc refuse de s’aventurer dans le montage de celle-ci et me dit qu’il préfère aller checker mon col à la maternité, quitte à revenir un peu ici tous les deux après si le travail n’est pas assez avancé. J’accepte. Je prends ma douche, et mes valises au cas où.

Au fond de moi, je sais que la rencontre est pour bientôt. Le terme est prévu dans trois jours et je souffre de plus en plus… Arrivés sur le parking de la maternité qui se trouve à 800 mètres de chez nous, je n’arrive plus à marcher… Je m’accroupis, je me crispe, je respire, je me relâche et je repars. Je fais cela trois fois, sous le regard des passants qui n’osent me dire quoique ce soit mais qui ont l’air de souffrir pour moi. J’arrive enfin à la porte automatique de cette maternité où j’ai déjà donné la vie une fois et dont, sans le savoir, je ne ressortirais qu’une grosse semaine plus tard.

Je me dirige vers les urgences. On me demande pourquoi je suis là… « Je suis à terme, c’est mon deuxième et j’ai envie de pousser. » On m’installe alors directement dans un box sans passer par la case salle d’attente. Ok, là, je comprends que les choses deviennent sérieuses.

On m’examine. On me déshabille. On me pique. On me branche. On me perfuse. Et on refuse de m’installer dans la salle physiologique. Quoi ? Mais pourquoi ? Mon projet d’accouchement ne se passe alors déjà plus comme prévu… Pour moi, c’était comme ça : cette fois-ci, je voulais la baignoire d’eau chaude, les gros ballons, les bouées… Je voulais ce moment de détente avec mon amoureux afin de tenir le plus longtemps possible sans péridurale tout en essayant de me soulager naturellement. Seulement voilà, on m’explique que le cœur de mon bébé ralentit au rythme de mes contractions et qu’il faut être vigilant en restant branchée au monitoring jusqu’à la rencontre. J’ai peur. Je suis déçue. Je me sens prisonnière allongée sur ce lit d’hôpital à attendre qu’on me dicte la suite.

La suite, elle sera vite écrite. Il faut croire que quand on a déjà accouché une fois, le corps se souvient et connaît le passage…

Installée en salle de naissance et arrivée à bout de forces, je n’ai à peine le temps de demander la péridurale que l’on m’annonce une dilatation complète. À ce moment-là, je suis fière de moi : j’ai réussi à gérer au maximum ma douleur, seule, comme je le désirais et uniquement avec des exercices de souffles préalablement apprit en cours de préparation à l’accouchement !

Depuis le temps que j’en ai envie, je demande alors si je peux enfin pousser ! L’équipe médicale se met en place. Le cœur de bébé faiblit toujours autant pendant les contractions et je vois que le regard de la sage femme se concentre autant sur moi que sur l’écran du monitoring. À ce moment, je comprends immédiatement que la situation semble inquiétante et je réalise qu’il ne faut pas perdre du temps. Mon corps a fait le boulot très rapidement alors maintenant, à moi de délivrer mon fils au plus vite.

Je pousse. Je crie. Je sens tout. J’ai mal. On m’encourage. Il arrive. La tête, la première épaule, la deuxième puis, le long du corps qui glisse tout seul. Il crie et on le pose sur moi. ll est là. Il est beau et si petit. Il est 13h27 et il s’appelle Lenny.

Quelques secondes plus tard, je le vois déjà partir pour une première série d’examens juste à côté de moi. Je vois qu’il réagit mal, il n’a pas de réflexe. On nous explique alors immédiatement que depuis le début du travail, Lenny avait le cordon enroulé autour du cou et du thorax. Jusqu’ici, c’est apparemment plutôt courant. Seulement, il découvre que le cordon ne l’oxygénait certainement plus durant les dernières contractions et lors de la poussée. Il a alors du mal à démarrer une respiration naturelle et désature anormalement. Une nouvelle équipe médicale est alors appelée : interne, pédiatre… Il est examiné de tous les côtés et le verdict tombe : direction le service néonatologie pour le mettre sous couveuse et sous surveillance.

Je dois rester en salle de naissance pour me faire recoudre et veiller qu’aucune éventuelle hémorragie ne se produise, comme pour toute procédure post-accouchement. C’est donc mon amoureux qui suit Lenny avec les médecins dans son nouveau service.

À ce moment là, je me retrouve seule. Je pleure. Je n’ai plus mal nul part mise à part au cœur. Je me sens vidée et déchirée. Mon bébé vient de naître et le voilà déjà loin de moi. Je n’avais pas imaginé notre rencontre ainsi. J’ai peur pour lui. Peur pour Joy, elle qui aime déjà tant son petit frère sans même encore le connaître.

On me recoud, on examine mon placenta et je demande à le voir. C’était donc ça, la maison de Lenny pendant 9 mois. Je pleure encore et je me dis qu’il était tellement mieux à l’intérieur, en sécurité.

J’attends de pouvoir retrouver les deux hommes de ma vie. J’envoie quelques messages pour annoncer la naissance de Lenny. Deux exactement : un à ma sœur et un à ma maman. Le reste de la famille, attendra. Ou pas. Je n’ai pas la tête à ça.

Enfin, on m’installe dans une chambre. Et là, je craque. Je suis dans un lit et à côté de moi se trouve un berceau vide. Je veux mon bébé. Je le veux à côté de moi et dans mes bras. Je l’ai senti tout chaud sur mon corps seulement quelques secondes et je n’ai à peine eu le temps d’enregistrer son beau visage.

Mon amoureux arrive enfin. Il me sert dans ses bras, me soutient et me réconforte. Il m’explique ce qu’il s’est passé durant mon absence et me prépare psychologiquement à la suite : Lenny est nu sous couveuse, branché de la tête aux pieds, un cathéter à la main… Je le sens très ému et je comprends bien qu’il prend sur lui pour ne pas s’effondrer devant moi. Je me sens démunie mais je veux le voir. Je m’y rends en fauteuil roulant et je reste près de lui jusqu’à tard dans la nuit.

On accepte que je mette en place l’allaitement mais on m’explique que ce sera compliqué et fatiguant. Le service de néonatologie m’appelle dans ma chambre à chaque fois que Lenny a faim pour que je vienne lui donner le sein. Mais la plupart du temps, je reste de toute façon à ses côtés. Même si je n’ai pas de lit, je veux et j’ai besoin d’être là pour lui.

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Les jours passent. Les visites sont interdites et Joy me manque terriblement. Nous n’avons jamais été séparées et j’ai l’impression qu’il me manque une grosse partie de moi-même. Je fais alors ce que j’appelle de moi-même le kid-blues. Parce que oui, ce n’est pas la grossesse et mon ventre tout rond qui me manquent. C’est ma fille, mon repère, son sourire et ses je t’aime.

Les jours passent et paraissent interminables. Lenny s’améliore au niveau respiratoire : il ne fait presque plus de désaturations mais ses résultats de prise de sang détecte une infection. On apprend alors qu’il est touché par le streptocoque B duquel j’étais porteuse pendant l’accouchement et dont la totalité des antibiotiques n’ont pas eu le temps de mettre administré le jour de sa naissance. Il faut savoir qu’il s’agit de deux injections avec un intervalle de 4h et que j’ai accouché trop vite pour bénéficier de la deuxième… Cette infection est très dangereuse pour les nourrissons, je le sais puisque je me suis renseignée des nuits entières auparavant sur le sujet. Le voici désormais sous double antibiotiques pour une durée de 7 jours…

Les bonnes et les mauvaises nouvelles se basculent. Les examens continuent. On nous dit que ses reins ne fonctionnent pas bien. Je n’en peux plus. Je suis inquiète et impuissante. Un pas en avant, deux pas en arrière. J’ai l’impression que l’on ne s’en sortira jamais. Je l’aime déjà si fort…

Enfin, le 19 décembre, une belle journée : grâce à une auxiliaire puéricultrice touchée par notre histoire mais surtout je pense, par mes larmes incessantes… Joy a l’autorisation de venir rencontrer son petit frère le temps de quelques minutes. Elle arrive, vêtue d’une blouse et d’un masque. La porte à peine franchie et elle n’a déjà d’yeux que pour lui… Je ne sais pas si je lui ai manqué mais peu importe, leur amour est déjà si fort. Le bonheur fut de courte durée : Joy se met légèrement à tousser et est immédiatement renvoyée du service… J’ai de nouveau envie de pleurer mais je comprends. Nous sommes entourés de bébés fragiles dans ce service, la plupart sont prématurés et leurs ennemis premiers ne sont rien d’autres que les microbes !

Le lendemain, on nous annonce qu’une place en unité kangourou s’est libérée et qu’on y sera installés dans la journée. Je pleure de joie car la veille au soir, on me parlait d’une éventuelle sortie sans lui… Je suis soulagée et je vais enfin pouvoir me retrouver avec mon petit bébé. On apprend également que son problème de reins est résolu, que la mise en route naturel de son corps fut juste un peu plus longue pour lui suite au choc émotionnel de l’accouchement. Ouf !

Nous sommes réunis. Lenny a le droit de rencontrer ses deux grands-mères uniquement. Je suis soulagée de voir ma maman et émue de lui présenter son tout premier petit fils. J’avais pour vœu de limiter au maximum les visites durant mon séjour à la maternité mais quand celles-ci deviennent complètement interdites et que les nouvelles ne sont pas forcément bonnes, c’est difficile de gérer ses émotions seule sans ses repères et sans sa famille. J’ai aussi envie de voir ma sœur, mais je n’ai pas le droit… C’est dur.

La prise des antibiotiques est difficile et source d’angoisse. Les cathéters ne tiennent pas… Les veines de Lenny sont trop petites et extrêmement fragiles. Il se fait piquer plusieurs fois par jour et même dans la tête. Je suis complètement démunie et j’ai mal pour lui. Je découvre ainsi la pire douleur au monde pour une maman : celle de voir son enfant souffrir et de ne pouvoir strictement rien faire pour le soulager. J’ai tellement mal pour lui que je vomis.

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Le 24 décembre, la magie de Noël opère : on nous annonce cette fois-ci une sortie de la maternité avec une hospitalisation à domicile pour continuer l’administration des antibiotiques. Je pleure de joie. Je n’y crois pas. C’est Noël et ce soir, je serais chez moi avec mon chéri et mes deux enfants réunis. Après un séjour comme celui-ci, j’ai l’impression d’halluciner. Je suis fatiguée et je me sens planer. J’ai peur de rêver et de me réveiller.

Avant de partir, je souhaite remercier les équipes du service néonatologie et de l’unité Kangourou du CHU Estaing de Clermont-Ferrand pour leur soutien et leur professionnalisme. Jamais auparavant je n’ai rencontré des personnes si attachantes de par leur métier. Ces femmes au grand coeur se lèvent le matin pour venir en aide aux autres, aux tout petits et aux parents démunis. J’ai une pensée particulière pour Nelly qui n’est pas présente le jour de notre sortie, cette infirmière puéricultrice à qui je dois la réussite de mon allaitement et que jamais je n’oublierai.

Le soir même, Joy rentre de la crèche et nous découvre, son frère et moi, dans le salon. Elle est tellement surprise que les larmes montent pour elle aussi. C’est la première fois que je découvre une émotion aussi forte chez elle. C’est beau. C’est magique. C’est fraternel.

Aujourd’hui, Lenny a un mois et demi. Les marques de ses nombreuses piqures sont encore présentes sur ses pieds mais sa dernière prise de sang était normale. Le bruit de cette machine qui a surveillé son rythme respiratoire durant ce long séjour ne sortira jamais de mes mauvais souvenirs mais cette aventure nous a soudé comme jamais.

J’ai accouché deux fois et j’ai souffert deux fois. Non pas de l’acte en lui-même mais bien des conséquences de la venue au monde. C’était brutal, inattendu, très douloureux mais certainement nécessaire… Après tout ça, je suis tellement reconnaissante envers la vie. J’admire les parents d’enfants malades, j’ai mal pour eux et j’aimerais tant pouvoir les aider. Je relativise énormément et je ne serais plus jamais la même. Je suis maman de deux enfants et marqué par leurs naissances au fer rouge à tout jamais.

Joy, Lenny et Luc : je vous aime plus que tout.

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2 Commentaires

  • Répondre Clem 7 février 2020 à 22 h 26 min

    J’ai adoré lire ton récit, tellement émouvant. Profitez bien de cette nouvelle vie à 4

  • Répondre Emma 7 février 2020 à 12 h 25 min

    Ton récit est très émouvant, je pense que quand on vit une naissance comme celle-ci, on en reste marquée à vie, et cela se ressent dans ton article. Tout est derrière vous maintenant. Profites des tiens et retrouve la paix;
    je t’embrasse.
    Emma

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